Indriya : Premières réflexions et premiers retours sur l’anorexie deux ans après

L’anorexie n’est pas un combat. Parce que l’on ne peut pas gagner face à elle. On ne peut pas.

C’est une fuite, une course.

Pour certaines, cette course aura une fin. Pour d’autres, ce sera une course sans fin mais assez tranquille, ou encore une course sans fin mais plutôt difficile. Enfin, pour les dernières, elles perdront la course.

Je genre au féminin mais je sais pertinemment qu’il y a des hommes atteints eux-aussi d’anorexie mentale.

Anorexia nervosa

Ce n’est qu’un début de la transmission et ce que j’ai à en dire. Je voulais centrer sur le moment où l’on est hors de la phase aiguë, vraiment hors d’elle, mais toujours avec cette anorexie qui nous court derrière et peut parfois se rapprocher.

Je ne sais ni pourquoi, ni comment elle se rapproche. Je n’ai pas de déclencheurs clairs des moments où elle se rapproche, je sais juste que ça arrive. Et lorsque ça arrive, je ne me force pas à me battre. Je ne me force pas à outrepasser cette terreur irrationnelle de prendre du poids. Je cherche juste un équilibre avec elle.

Cette première idée, de course, était celle d’un premier médecin. Un second m’a plutôt parlé du contrôle et du fait qu’en tenant trop ma prise j’allais me crisper, me contracter et ne plus pouvoir tenir alors qu’en restant plus douce, en laissant plus filer mes rênes ou les tenant plus doucement, je pouvais tenir sur la durée et pouvoir reprendre le contrôle total si besoin.

Donc dans ces moments là, je ne me crispe pas, je ne me force pas comme une super-héroïne super courageuse qui surpasse sa peur, bien que je le sois à chaque repas, chaque moment d’alimentation, chaque moment entre, je reste une super héro^¨ine qui fait taire sa peur et la refoule dans un coin en courant.

Si j’essayais dans ces moments de surpasser, de lui dire « non ! Certainement pas ! » de me lancer dans un sprint… Je finis par m’arrêter, essoufflée, je plonge jusqu’à l’angoisse parce que j’ai forcé et je fais une pause où elle peut gagner du terrain. Alors que si je ne fais que ralentir ma course et trouver un compromis avec elle, effectivement, elle peut se rapproche encore un peu, mais moi je ne m’arrête pas de courir et j’attends juste que ce moment passe. Je lui dis « ok je te suis, je mange plus léger, ou je bouge un peu plus, je ne te balance pas des aliments et des trucs trop, mais tu me laisses subvenir aux besoins de mon corps. ». Et ça passe.

Il est à mon sens aberrant de vouloir lutter de force -je parle psychologiquement- contre la peur de grossir. En situation où l’individu n’est pas en danger de santé, attention. Pourquoi ? Tout simplement parce que l’anorexie est vicieuse et que cette peur n’est qu’un ersatz, un symbole d’autre chose. Que ce n’est pas elle qu’il faut régler et contre laquelle il faut jeter ses forces, on la fuit et on s’attaque au problème de fond. Cette peur, il ne faut pas non plus la laisser gagner, ce n’est pas ce que je dis. Toutefois, je m’en rends compte par mon expérience, la seule manière de parvenir à surpasser cette irrationalité… Est le conditionnement. Je parle de cette irrationalité là, pas du problème de fond.

La seule manière que j’avais, lorsque je remontais la pente, de tenir était de me répéter inlassablement des paroles, des phrases, des idées réconfortantes et encore aujourd’hui lors de petites rechutes ou de petits moments de stress lors desquels je la sens pointer le bout de son nez. Je me les répètes et je me conditionne, je les ancre si profondément en moi que ce conditionnement surpasse l’instinct (ceci est permis par la néoténie, il s’agit de la grosse différence entre animal domestique et sauvage : l’animal domestique peut faire passer ses acquis et le conditionnement par delà l’instinct. L’humain est un animal néoténique. Du moins c’est ce que dis toute la théorie de la néoténie à laquelle j’adhère, en conservant des caractéristiques juvéniles, au niveau du cerveau pour le coup, l’individu peut garder certains comportements et fonctionnement, tels que faire passer le conditionnement au-delà de l’instinct). J’ai aussi énormément interrogé mes proches, les ai gavés de mes interrogations, questionnements, peurs, leur ai fait répéter ces mêmes phrases jusqu’à ce qu’elles commencent à s’ancrer suffisamment en moi pour ne plus en avoir besoin, plus tout le temps, j’ai encore des moments où je dois me servir de l’externe pour renforcer. Renforcer le conditionnement. Il faut bien sûr des renforçateurs, réguliers, pour que cela tienne. Et c’est bien, je pense, la raison pour laquelle on peut rechuter. Lorsque l’on voit que ce que l’on croyait, ce à quoi l’on s’accrochait ne fonctionne pas. Par exemple que l’on reprend du poids même en mangeant à sa faim. Là il peut y avoir rechute parce que ce qui est conditionné ne tient pas, ne tient plus et la peur reprend le dessus.

Ces idées de conditionnement et instinct dans l’anorexie sont de mon hypothèse et ce que j’ai pu observer sur moi. De même que l’idée d’équilibre lors des moments ou l’anorexie se rapproche.

Mais je sais que ça a fonctionné et que ça fonctionne. Que j’ai juste à attendre que ce moment passe, peut-être, si vraiment j’ai l’énergie, cherche le déclencheur et le régler ou juste sortir de la situation. Parce qu’honnêtement, j’aurais pas l’énergie de lutter face à l’anorexie, je n’aurais pas envie non plus. Je dois avoir envie de courir, je dois avoir quelque chose devant moi qui me motive vraiment à ne pas replonger, sans cela…. On replonge. Et quelque chose qui va surpasser tout ce que l’anorexie peut offrir.

On se demande parfois pourquoi certaines rechutent en phase aiguë ou n’en sortent pas, reperdent dès la sortie de l’hôpital, est-ce qu’on leur a seulement donné une motivation pour courir ? Est-ce qu’on les renforce dans cela ? Je parle d’autre chose que de parler du corps physique. Bien autre chose. C’est une image, un symptôme, important, j’en suis plus que consciente, mais justement parce que c’est un symptôme, je ne cherche pas à ne me centrer que sur lui et je peux le laisser agir, en le contrôlant un minimum pour aller chercher derrière.

Bref, je reviens à mon idée, est-ce qu’à ces personnes on leur a donné une vraie raison ? Autre raison qu’avoir un corps sain et rester en vie. Ce ne sont pas des raisons suffisantes et valables pour continuer la course face à l’anorexie. Ce n’en sont pas. Tout simplement.

Expliquer pourquoi… Ce n’est pas encore le moment, je ne le ferais pas maintenant. Je dirais juste que c’est multifactoriel, l’anorexie et que juste rester en vie est incomplet. Parce que rester en vie c’est joli, mais elles étaient en vie avant l’anorexie, lors du contexte déclencheur, et pendant. Il faut leur donner une autre manière de rester en vie. Une autre manière, c’est cela qui va aider à motiver. Juste les faire revivre physiquement et « yop ! Retourne vivre ta vie ! » = RECHUTE ASSUREE.

Mais je développerai ultérieurement, peut-être dans longtemps. Je croyais n’avoir plus aucun problème avec, je croyais pouvoir en parler aisément, avec moi-même j’y arrivais mais au moment de le mettre sur le papier, en parler à autrui… Je ne pouvais plus. Je croyais pouvoir le voir, des images, des films, des séries, et étrangement au tout début je pouvais puis après un temps… Je ne pouvais plus. Mais ce qui me touchait dedans, ce n’étaient pas les corps, pas les manifestations physiques de la maladie, pas les comportements, eux n’ont qu’un effet d’attrait pervers (eh oui…) ce qui me gênait était derrière « j’ai le contrôle. ». J’avoue que To the bones je l’ai vu une fois, plutôt bien, et lorsque j’ai voulu le revoir un soir que je m’ennuyais j’ai stoppé au premier « I got it under control ». Et je me sens mal à l’aise aujourd’hui lorsque cela ressort dans les témoignages d’anorexie, lorsque ce qui est derrière ressort.

Toutefois, c’est bien complexe et difficilement exprimable avec des mots et adjectifs ce que l’on ressent en anorexie. De plus, cela dépend de chacun et chacune. Je peux personnellement le lier à mon autisme, puisque… Le fonctionnement lors de l’anorexie est un fonctionnement qui plaît particulièrement à un autiste, régularité, contrôle, prévision, rituels. Et la mienne est arrivée lorsque je me suis prise toute la neurotypie dans la tête, tout le validisme qui a fini d’étouffer un autisme dont je n’avais pas conscience. Puis elle est reparti, sans que j’aie posé le diag… mais elle n’est vraiment, vraiment repartie que lorsque j’ai commencé à me questionner dessus et e reconnecter à lui. Elle n’apparaît plus que lorsque je me prends de nouveau du validisme et suis de nouveau séparée de mon autisme. Pas forcément de manière visible, je peux encore sembler autiste et l’être tout en en étant séparé.

Tout dépend de chaque individu. Mais je sais qu’en laissant aller un peu à la peur, je suis juste équilibrée et je peux juste attendre que ça passe. Je ne cherche pas à la surpasser, je ne perds mon énergie à la combattre, je dialogue avec et trouve un compromis qui ne me coûte pas dans un sens comme dans l’autre.

J’ouvre maintenant aux proches d’anorexiques. Ne croyez pas qu’un retour de quelques symptômes est un retour en phase aiguë. Ne croyez pas qu’en la forçant dans ces moments ou tout court vous obtiendrez quoi que ce soit. Il faut valoriser, motiver, renforcer. L’aider de manière structurale et fondamentale, pas juste sur les repas. Aidez là à retrouver du contrôle ailleurs, aider là à se sentir valorisée (quête de la perfection), à réaliser des objectifs, des choses. Si elle a besoin de stimulations intellectuelles, sociales, artistiques, que sais-je, apportez lui. Bien sûr il ne s’agit pas de laisser replonger, mais faites leur aussi confiance. Une fois que l’on en est vraiment vraiment sorti, de la phase aiguë, de l’état pathologique grave et médical, on ne peut pas y retourner. Si on y retourne c’est généralement que l’on en est pas entièrement sorti. C’est un troisième médecin qui me l’a un jour dis « tu pourras essayer, tu n’y arriveras pas. » Mon corps ne se laissera pas faire. Ce n’est pas si blanc et par moments c’est tellement fort derrière, il suffit qu’une situation exagératrice se prolonge ou s’intensifie, que la motivation de courir se perdre et le corps se fera de nouveau étouffer par le mental, mais globalement, ne vous alarmez pas immédiatement et ne forcez pas. Même si vous voyez qu’elle replonge… Cherchez pourquoi, cherchez qu’arranger, valorisez là.

Quant à vous autres anorexiques, pas de panique. Par moments vous pourrez même sentir, dans votre corps, vos tripes « c’est revenu, elle est là » mais non. Elle n’est pas là. Vous surveillez et vous courez. Et surtout, on ne se bat pas, nous courons, il faut ralentir par moments, on ralentit, plutôt que se taper des sprints pour s’arrêter quelques mètres plus loin. On courre juste, et c’est sans efforts, c’est comme être un.e courreur.euse bien entraîné qui courre tranquillement. Ce sera même moins difficile que bien d’autres courses, bien d’autres situations, parfois c’est même le plus facile cette petite course en avant. Et si elle devient difficile, on courre juste. Que vous accordiez un peu à votre peur n’est pas grave tant que vous êtes vigilante, que vous accordiez un peu à l’anorexie n’est pas grave. C’est pas grave de pas être parfaitement équilibré.e sans aucun problème. C’est pas grave. C’est pas grave de remanger léger quelque temps, d’avoir un peu peur quelques temps, mais en contre partie vous continuez à écouter votre corps et si il le faut se répéter ce qui rassure, regarder ce qui rassure, discuter avec ceux qui rassurent. Même si ce ne sont pas vos proches directs, parce que parfois ils ne sont pas les meilleurs ni disposés à vous écouter encore et encore, mais osez avec au moins une personne, parce qu’il y en a qui vous écouterons. Et même si vous avez l’impression de vous perdre en lamentations, que c’est un moyen de rester coincé.e dedans… Non, ça va progresser, ça peut progresser et on avise si vraiment ça progresse pas.

Préférez toutefois parler à autrui qu’à vous seule. Préférez faire un rapport de vos repas à autrui si besoin que seule, ou alors ce carnet utilisé sera montré à une personne de confiance, sur internet, en rapport avec autrui. Je ne dis pas que l’on a besoin d’autrui absolument blablabla, qu’il ne faut pas se faire confiance, qu’ils gèrent seul.e.s. Je dis juste qu’autrui est le garde-fou au cas où puisque quiconque a eu une phase aiguë sait à quel point on peut basculer sans s’en rendre compte.

Et surtout, pour l’entourage : ne JAMAIS JAMAIS dire « oh tu as repris du poids c’est bien ! » ou « tu manges c’est bien » JAMAIS. JAMAIS. Ne la forcez pas à se peser si elle ne veut pas, ne lui parlez pas de son poids sauf si elle veut (même en état pathologique) mais écoutez, rassurez toujours. C’est un truc ça… Plus vous parlerez du poids plus ça va aller toucher profondément et déranger. Même si la personne est bien équilibrée et que ça la perturbe juste un peu. On ne fait pas. Niet. JAMAIS .

Je sais que ça part d’une bonne intention, je remercie mes proches qui l’ont fait de leur bonne intention, mais comme je leur ai dis… ON EVITE.

Je sais pas.. J’me sens perturbée après cet article, le ton lors des adresses, le manque de précisions par moments, l’impression de raconter que ma vie, la peur de trop généraliser… Je sais pas, je suis pas tranquille ^^’

Il y a « exagératrice » qui se balade, je ne le retrouve pas, je préfère « exacerber » mais mon correcteur ne veut pas. Ce mot est si moche « exagératrice ».

 

ATTENTION : chaque cas étant différent on avise dans chaque cas sur le traitement à proposer à l’individu et celui que l’individu veut. On surveille aussi le retour du pathologique grave (parce que le pathologique léger déso mais pas déso c’est parfois à vie). Pour résumer, on avise chaque fois, chaque situation, même dans l’après, chaque individu. Sans oublier de faire confiance à la personne qui est avant tout en souffrance, qui est LA principale intéressée (ou au masculin évidemment.).

2 commentaires Ajouter un commentaire

  1. Annawenn dit :

    Ton texte est touchant, j’ai longtemps courru moi aussi. Et puis un jour, j’ai compris l’origine de tout ça.
    Ça fait 8 ans que j’ai oublié mes peurs.
    À bientôt 😘 prends soin de toi

    Aimé par 1 personne

  2. Merci 🙂 Je suis heureuse que tu aies pu arrêter ! Je l’espère aussi pour moi et toutes celles qui sont dans ce cas, toutefois, si je dois courir je le ferais et ne la laisserais pas me rattraper !
    Merci ! toi aussi prends soin de toi ! (je ne peux pas mettre de smileys, sinon j’aurais mis un bisous) ! A bientôt ^^

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