Hécate : Être discriminant et discriminer.

« Mais enfin, je ne suis pas homophobe ! »

Cette phrase, on l’a déjà tous entendu en guise d’argument. Mais si, vous savez, quelque fait une remarque/une action homophobe (ou toute autre forme de discrimination) et conteste cette accusation d’une simple phrase  « c’est impossible, je en suis pas homophobe. »

Moi, un méchant ? Bien sûr que non !

Oui, parce que vous savez, dans la vie, il y a les méchants homophobes/racistes/sexistes/grossophobes/validiste… (et j’en passe) et puis il y a les gentils. Ces gentils n’ont jamais de comportements discriminants puisqu’ils ne sont pas discriminants.

Sauf que, breaking news : pas besoin d’être un méchant homophobe (et autre) pour agir comme un homophobe.

J’aime à me considérée comme inclusive et ouverte d’esprit. Mais je sais qu’il m’arrive d’avoir des remarques discriminantes parfois. Parce que j’ai été élevée dans une société qui normalise ces comportements et que je les ai adopté malgré moi. Alors parfois, que ce soit dans une pensée fulgurante, une remarque inconsidérée ou même un comportement que je ne considère pas comme discriminante (mais qui l’est) il m’arrive d’être homophobe/raciste/sexiste/grossophobe/validiste…Il m’arrive de l’être envers les autres, mais aussi envers moi même.

Ça arrive donc probablement à tout le monde. Alors pourrais-t-on arrêter d’utiliser ce genre de justification nauséabonde pour nous dédouaner ?

Oui, il y a des personnes dont l’idéologie teinte chaque aspect de leur vie et qui parvienne à mettre le taux de chômage sur le dos de l’invasion des gays. Qui préfère critiquer des réfugié.es menacé.es de mort imminentes forcé.es de quitter leur maison plutôt que de demander à ce que les membres de leur gouvernement partage un peu plus leurs richesse.

Source : Giphy (extrait de la série Orphan Black)

Mais j’ai envie de parles des « autres ».

De ceux qui ont un bon état d’esprit, qui sont ouverts d’esprits, peut-être même militants.

De ceux qui descendent dans la rue pour les droits LGBTIQ+ mais qui balancent des remarques validistes, sexistes, transophobes, biphobes…

De ces parents armés d’une poussette qui utilise l’espace prioritaire des transports en communs et qui soupirent d’un air agacé en voyant un fauteuil roulant arriver. (Aka une vidéo de Vivre avec que je ne retrouve plus exactement et que j’ai pas l’énergie de tout regarder pour retrouver alors il va falloir me faire confiance).

De cette dame (video de franceinfo, à 0.52) qui « adoooooooore » les gays, comme s’il s’agissait d’une marque déposée dont elle est fan, que chaque PD est un meilleur ami fan de shopping en puissance, que les couples de lesbiennes sont des duo trop mignons qui font l’amour en gloussant… (oui, j’extrapole, mais même si ce n’est pas l’intention ici, c’est la partie immergée de l’iceberg qu’est ce cliché qui se veut positif).

Source : facebook.

Je pense aussi à la jeune femme à 0.42 qui parle de « choix » par rapport à l’orientation sexuelle. Mais au fond, ce n’est pas tant cette remarque maladroite qui me gêne. C’est le torrent de commentaire que j’ai lu sous cette vidéo. Ce sont ces réponses aux commentaires qui déplorent ce choix de mot. Parce qu’apparemment, à partir du moment où on ne crache pas sur les homo, où on ne défile pas dans la rue en menaçant de brûler les invertis, c’est pas très grave d’utiliser un mot qui insinue que l’attirance sexuelle/romantique est un choix.

Sauf que non. Ce n’est pas « assez » d’être un allié.e.s si on fait preuve d’homophobie ordinaire ensuite. Même involontairement. Alors peut-être que si cette personne avait pu répondre ensuite, elle se serrait corrigée en toute bonne fois. Mais cette phrase était homophobe. La personne qui l’a prononcé ne l’est peut-être pas, mais la phrase oui. Et au final, quand on est la personne qui se prend cette phrase en pleine tête, ça ne change rien.

Source : Giphy

Alors oui, faire remarquer à quelqu’un que ce qu’il vient de dire est discriminant n’est pas un reproche. C’est un conseil. Une façon de lui dire que s’il.elle veut que ses efforts pour être inclusif.ve  ne soient pas juste un coup d’épée dans l’eau, il faut qu’il.elle fasse un effort pour ne plus utiliser ce mot. Qu’il.elle réalise qu’utiliser le mot « enculé » comme insulte est homophobe. Que refuser la priorité à une personne dans l’espace publique parce qu’elle n’a « pas l’air handicapé.e » est validiste. Que refuser qu’un petit garçon joue avec un poupon et qu’une fille avec un garage automobile est sexiste. Que dire à un.e gros.se qu’il.elle doit cacher ses bras/jambes/ventre parce qu’ils ne sont pas « esthétiques » (petit euphémisme qui résume l’idée) est grossophobe.

Source : Facebook, page de Komitid (réseau social queer à visiter d’urgence !)

Alors il faut réaliser que ça nous arrive à tous et que ce n’est pas une attaque que de relever la maladresse de quelqu’un. C’est une opportunité d’améliorer les choses, une phrase, un cliché, une remarque à la fois. Et c’est en changeant son langage qu’on arrive souvent à changer un climat/une idéologie/une façon de penser.

C’est aussi parfois l’occasion d’une discutions enrichissante. Quand je me désigne comme « grosse » on peut penser que c’est discriminant. Mais si on me laisse l’occasion d’expliquer pourquoi j’utilise ce vocable plutôt qu’un autre, on peut réaliser qu’en effet, le mot « gros » n’est une insulte que si on laisse les autres lui donner cette portée.

Source : Giphy

Il y a donc une distinction entre « être discriminant » et « avoir un comportement discriminant ». Et si on le réalise, on prends conscience qu’il n’y a rien de passif dans le fait d’être inclusif. C’est un effort de tous les jours mais qui vaut le coup d’être mené.

Merci pour la lecture. Et sachez qu’Indriya et moi nous aimons toutes les couleurs de l’arc-en-ciel que vous êtes 😉

4 commentaires Ajouter un commentaire

  1. Dulsao dit :

    Gné… Je savais même pas que tu voulais publier j’ai cru que nous avions été piratées…
    Du coup bon article 🙂 on en rediscutera en direct un de ces quatre.
    Et sinon l’autre est toujours en privé par contre…
    Ah et on devrait remettre les noms dans les titres d’articles… Quand même
    Alley c’est un comm pour rien ;P

    Aimé par 1 personne

  2. Annawenn dit :

    Pourquoi coller des étiquettes ? Chacun est libre de son intimité, de son esthétique, de sa couleur…. respect du vivant. Un truc malheureusement old school.
    Et enc***, c’est juste vulgaire et impoli. Inutile de faire preuve de violence verbale vis à vis de l’autre.
    Et dans ce monde individualiste, plus personne n’a le sens des priorités.
    C’est bien triste.

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  3. Annawenn, pour l’insulte en question, ça m’arrive d’être très vulgaire (principalement parce que je vis dans une famille où je suis sensée être polie parce que les gros mots, c’est pas jolie « dans la bouche d’une fille ») donc plus c’est trash, plus ça me soulage ! Après, étant donné que ça correspond à une pratique sexuelle, ça ne me gêne pas vraiment en tant que tel – c’est brut de décoffrage mais je ne sais pas si je parlerais d’impolitesse, personnellement. On peut aussi se demander dans quelle mesure c’est vulgaire et impoli parce que ça correspond à une pratique tabou… je pose ça là ;).
    Hécate.

    Aimé par 1 personne

  4. Hécate moi ze t’aime même avec des insultes ❤ même si les gens t’aiiiment et pas moi aussi ^^’ gniark ego blessé qui ressort désolée…

    Indriya. (j’aurais dû changer de compte pour commenter)

    J'aime

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